Dr Bahaa Helmy
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Dr Bahaa Helmy écrit : L'enseignement technique en Égypte. Problèmes et solutions

Dr Bahaa Helmy écrit : L'enseignement technique en Égypte. Problèmes et solutions

L'enseignement technique est l'un des principaux leviers de la dynamique de développement du pays ; il est également la source principale d'approvisionnement du marché du travail en main-d'œuvre technique qualifiée, en tant que force motrice qui fait tourner la roue de la production et permet de s'élancer vers la construction d'un avenir porteur et prometteur pour l'économie nationale.

Le marché du travail est devenu plus spécialisé et exige des niveaux plus élevés de compétence et d'efficacité, ce qui a conduit les gouvernements et les entreprises européens à accroître leurs investissements dans l'enseignement technique ou professionnel, par l'intermédiaire d'organismes de formation financés et soutenus par la société civile. Cette démarche s'appuie sur les résultats des études et des indicateurs consacrés aux causes de la hausse des taux d'inscription dans l'enseignement universitaire européen et à ses répercussions négatives : insuffisance des compétences techniques requises par le marché du travail et pénurie dans les métiers techniques et professionnels nécessaires à la production. En outre, l'augmentation du nombre de diplômés universitaires crée un large fossé entre eux et les rares emplois disponibles, comparativement aux emplois professionnels, ce qui finit par provoquer la déception des étudiants et par affecter l'industrie, la production et le développement en général.

C'est pourquoi les pays développés s'attachent à innover et à concevoir des moyens et des incitations qui encouragent les élèves et les jeunes à s'inscrire dans les instituts techniques, tels que : offrir des possibilités de formation et d'apprentissage en cours d'emploi, créer pour les travailleurs et les techniciens des emplois rémunérateurs et professionnels, meilleurs que ceux offerts aux diplômés universitaires, et mettre en place un système attractif de promotion aux échelons supérieurs ainsi que des primes spéciales récompensant la créativité et l'innovation au travail.

À la lumière de la Vision Égypte 2030 et de ses objectifs consistant à doter les diplômés des compétences exigées par le marché du travail, ainsi que des plans de développement des programmes, d'expansion de la formation et d'élévation du niveau des formateurs de l'enseignement technique, le progrès espéré dans ce domaine reste néanmoins en deçà de ce qu'exige la mise en œuvre de ces plans, et ce pour plusieurs raisons, parmi lesquelles :

• Le chevauchement des efforts et des objectifs de six ministères différents dans ce dossier, qui nuit à la mise en œuvre des plans de développement souhaités.

• L'image dévalorisante dont souffre l'enseignement technique au sein de la société en général.

• Le fait de continuer à confier au ministère de l'Éducation le dossier du développement de l'enseignement technique, en plus de sa responsabilité de réformer l'éducation en Égypte, ce qui constitue une lourde charge susceptible d'affecter sa performance et ses réalisations.

• Certaines lois qui font obstacle au développement de l'enseignement technique en consacrant la ségrégation et la discrimination à l'égard de certains métiers et en imposant la condition d'un diplôme d'enseignement supérieur, ainsi que l'absence de cadre statutaire technique pour de nombreux métiers techniques.

Compte tenu de l'engagement de l'État, conformément à la Constitution, à développer l'enseignement technique et technologique et la formation professionnelle, et à en diversifier les filières selon les normes internationales de qualité ; compte tenu également des besoins du marché du travail national et international en main-d'œuvre technique qualifiée, de la grave pénurie constatée dans presque tous les domaines, et de la désaffection des élèves et des jeunes pour les écoles techniques au profit des universités et des instituts supérieurs publics et privés, sans considération de l'ampleur du chômage, du revenu des familles ni de la multiplication constante des cafés et des coffee shops, il nous paraît nécessaire de proposer une vision nouvelle et non conventionnelle du développement de l'enseignement technique en Égypte, reposant sur plusieurs axes.

Premièrement : nous estimons opportun de détacher le dossier de l'enseignement technique du ministère de l'Éducation et de le placer sous la tutelle d'un conseil ou d'une autorité indépendante, ou bien de modifier les attributions du ministère du Développement local afin qu'il supervise ce dossier en tant que compétence propre, dans le but d'offrir une vie meilleure aux Égyptiens, de réaliser le développement économique, de rendre les villages productifs et les gouvernorats exportateurs, conformément à ce qui est annoncé sur le site Internet du ministère.

Deuxièmement : mobiliser les énergies pour mener une campagne médiatique visant à améliorer l'image de l'enseignement technique dans la société et à valoriser les exemples de jeunes qui travaillent dans ces domaines.

Troisième axe : remplacer les appellations liées à cette image négative, telles que « diplôme intermédiaire » ou « écoles industrielles, agricoles ou commerciales », qui ne correspondent plus à un marché du travail spécialisé et en renouvellement très rapide, par de nouvelles appellations telles que « diplôme spécialisé » ou « diplômés des instituts techniques spécialisés » au lieu d'« écoles », en adoptant par exemple le titre de « technicien spécialisé » à la place de « diplôme intermédiaire ».

Quatrième axe : procéder à une modification législative permettant aux élèves de ces écoles et instituts de poursuivre des études universitaires plus largement qu'à l'heure actuelle, afin d'attirer le plus grand nombre vers les instituts techniques.

Cinquième axe : déterminer les besoins du marché, notamment dans les secteurs du pétrole, des technologies de l'information, des métiers du bâtiment et de l'architecture, du transport maritime et de la logistique des transports, tout en modifiant les lois contraignantes et en établissant des fiches de poste pour ces emplois, de sorte que le diplôme technique attestant de la compétence devienne le critère d'accès aux emplois techniques, avec l'octroi d'avantages et de primes spéciales aux plus méritants.

Sixième axe : la responsabilité des projets économiques, d'investissement et de production dans la formation de leurs employés et la préparation de cadres nationaux sur des bases scientifiques et pratiques modernes.

Enfin : prendre les mesures nécessaires pour mener des études et des recherches de terrain à l'échelle nationale sur l'ampleur du chômage parmi les diplômés universitaires, en particulier ceux des facultés de droit, de commerce et d'autres, qui admettent un grand nombre d'étudiants alors que le marché du travail est incapable de les absorber, ce qui accroît le chômage et réduit la main-d'œuvre technique, avec des répercussions négatives sur les divers métiers et professions et sur la production et le développement en général.

Vendredi 2 mars 2018 - 10h22