Dr Bahaa Helmy écrit : la Turquie et les combattants européens de Daech

En février dernier, les ministres de la Défense et des responsables du renseignement de plus de 14 pays européens se sont réunis à Rome, en Italie, pour examiner la question du retour dans leurs pays d'origine des terroristes étrangers de Daech, avec la participation des États-Unis et de la Turquie.
Le ministère américain de la Défense, le « Pentagone », avait déjà annoncé qu'il étudiait des plans pour traiter le cas d'un nombre considérable de combattants étrangers de Daech en Syrie, capturés par des factions soutenues par les États-Unis et désormais placés sous leur responsabilité, ce qui signifie qu'ils sont responsables de leur protection, comme à l'accoutumée.
La Turquie est considérée comme le principal centre où les terroristes sont regroupés, formés et armés, et d'où leur arrivée dans les zones de conflit est assurée, avant qu'ils ne soient réaccueillis avec leurs familles et redéployés selon ce qui a été planifié.
Il est vrai que le rôle de la Turquie est manifeste et bien connu dans le soutien et le transit des Européens ayant rejoint les organisations terroristes, ainsi que dans la sécurisation de leurs déplacements avec la participation d'éléments du renseignement turc, ce dont la Turquie se vante, comme l'a déclaré le président turc il y a quelque temps en affirmant que les terroristes étaient en route vers le Sinaï.
Le rôle turc ressort dans tous les accords conclus entre le régime syrien et les responsables des organisations terroristes, dont le dernier en date porte sur la sortie de milliers d'hommes armés et de leurs familles de la Ghouta vers Idlib, point de rassemblement avant leur passage en Turquie, refuge sûr du terrorisme.
Il ne fait aucun doute que la Turquie tire profit, sur les plans économique, militaire et politique, de l'accueil qu'elle réserve aux terroristes étrangers et locaux. Elle fait également chanter ses partenaires occidentaux – dans l'embrasement des zones de conflit au Moyen-Orient et la mise en œuvre des desseins visant à semer le chaos et à épuiser les ressources des États – afin d'obtenir une couverture internationale et onusienne pour ses agissements, pour ses tentatives de se forger un nouveau rôle régional, et pour le silence entourant son usurpation et son occupation de territoires syriens.
Cela est apparu clairement lorsque la France a exprimé sa gêne et son inquiétude face à l'annonce par la Turquie de l'occupation de la ville syrienne d'Afrin, et du fait qu'elle ne s'en contenterait pas, mais dirigerait ses forces, appuyées par ce qu'on appelle l'Armée libre, vers les zones frontalières limitrophes de l'Irak. La réponse turque fut rapide et des plus claires, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qui déclara que « ceux qui ont armé les organisations terroristes n'ont pas le droit de prononcer un mot contre la Turquie ». Cela a contribué au silence international à l'égard des agissements de la Turquie, qui violent la Charte des Nations unies ainsi que le droit et les usages internationaux, en usurpant et en occupant des territoires syriens par l'arme du « Rameau d'olivier ».
La situation restera inchangée tant que la Turquie demeurera le principal centre d'accueil, de formation et de redéploiement des terroristes, ainsi qu'un centre d'approvisionnement en équipements et en armes occidentales, alors même que les politiques des pays européens divergent, inquiets qu'ils sont d'affronter le cauchemar des revenants de Daech. Cela à la lumière des informations et des prévisions rendues publiques par le renseignement allemand, qui a repéré des appels djihadistes à commettre des attentats en Allemagne contre des enfants et des hôpitaux, ainsi que des attentats terroristes survenus récemment en France, ce qui indique l'existence d'un rôle nouveau et occulte des djihadistes européens ayant participé aux opérations terroristes en Syrie et en Irak, consistant à mettre en œuvre des stratégies plus menaçantes pour les sociétés et les capitales des pays européens.
À cela s'ajoute le rôle suspect de la Turquie dans la facilitation et le transfert de terroristes vers des zones de conflit telles que l'Afghanistan, le Pakistan et la Libye, sous la supervision d'une coalition internationale de services de renseignement à laquelle participent les États-Unis et l'Europe, à la lumière de ce que la Russie a récemment annoncé quant à son inquiétude face à l'activité de Daech en Afghanistan, où des hélicoptères non identifiés transportent des hommes armés et des armes vers la branche afghane, les « talibans ».
Par conséquent, la collaboration entre la Turquie et l'Occident se déroule en harmonie et en bonne entente, même si elle semble parfois le contraire, tant que la Turquie demeure un membre efficace et actif et un centre international d'accueil des terroristes et des combattants européens de Daech. Il semble que la Turquie ne tirera pas les leçons du passé, où le sort se retourne contre le sorcier, lorsque ses intérêts entreront en contradiction avec ceux de ses alliés européens et qu'elle perdra son rôle central dans l'accueil, la réhabilitation et le redéploiement des terroristes et des combattants européens de Daech. C'est pourquoi elle s'efforce par tous les moyens de prolonger le conflit par son intervention en Syrie, avec l'aval des détenteurs d'intérêts, tant que le prix à percevoir provient d'une source facile d'accès.
