Dr Bahaa Helmy
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Dr Bahaa Helmy écrit : Le centre de gestion des crises sécuritaires, entre gestion et fabrication des crises

Dr Bahaa Helmy écrit : Le centre de gestion des crises sécuritaires, entre gestion et fabrication des crises

Les centres de gestion des crises sécuritaires, centres d'information sécuritaire ou directions des opérations de sécurité peuvent porter des noms différents d'un pays à l'autre, mais ils se rejoignent quant à leurs attributions et à leurs missions : gérer les crises sécuritaires avec savoir-faire et professionnalisme. L'échec dans la gestion de l'une quelconque des phases de la crise conduit à l'éclatement d'une crise et à l'aggravation de ses développements.

Or, en application de ce principe, nous n'avons constaté aucun rôle du centre de gestion des crises sécuritaires lors de l'attaque de l'oasis de Bahariya, où sont tombés en martyrs les meilleurs soldats de la terre parmi les hommes de la police. Le terrain a été laissé libre aux médias, qui ont puisé leurs informations sur les sites internet, sur la chaîne Al Jazeera et dans les enregistrements audio et les rumeurs qui circulaient. Il en est résulté une multitude de récits et de versions douloureuses qui ont affecté l'ensemble des Égyptiens. Cela a en outre contribué à jeter le doute sur les politiques de l'institution sécuritaire et à lui imputer la responsabilité de l'échec de la mission, en dépit des efforts et des sacrifices consentis quotidiennement par les hommes de la police et des forces armées.

Ce constat soulève de nombreuses questions sur le rôle du centre de gestion des crises sécuritaires. Une cellule de gestion de crise a-t-elle été constituée ? Des scénarios ont-ils été élaborés à la lumière des informations disponibles, en s'appuyant sur la question essentielle : « Et si… ? » La crise a-t-elle été planifiée et ses différentes phases gérées ? Et où étaient les canaux de communication médiatique permettant de prendre les choses en main en prenant l'initiative ?

L'attaque des oasis exigeait la mise en place d'une salle de guerre ou d'un centre d'urgence réunissant une élite d'experts en sécurité et en communication, d'un haut niveau de compétence et de professionnalisme, afin qu'ils remplissent leur rôle en coordination avec les services compétents. Il fallait élaborer un plan de communication médiatique fonctionnant 24 heures sur 24 pour communiquer avec le public et lui exposer les faits ; en cas d'insuffisance d'informations, combler le vide par des déclarations soigneusement calculées en attendant l'arrivée d'informations précises ; annoncer les horaires des conférences de presse et des apparitions des responsables dans les médias ; et traiter les rumeurs au fur et à mesure.

Il semble toutefois que la gestion de l'attaque n'ait pas été à la hauteur de l'événement et qu'elle ne soit pas conforme à la méthode scientifique et sécuritaire suivie dans la gestion des incidents et des crises sécuritaires dans les différents pays du monde. Ainsi, lors des attentats terroristes survenus en France, le monde a vu le responsable de la sécurité apparaître sur les écrans de télévision dès le premier attentat pour annoncer que les informations étaient en cours de collecte et que les mesures nécessaires étaient prises, tout en rassurant les citoyens et en les informant des consignes à suivre. Il a été suivi par le ministre de l'Intérieur, puis par le chef de l'État, qui ont communiqué avec la population et l'ont rassurée jusqu'à la fin des événements et l'endiguement de leurs conséquences. Des mesures quasiment identiques ont été suivies en Belgique lors de l'attentat terroriste de l'aéroport de Bruxelles.

Et bien que des critiques aient été adressées aux services de sécurité français, leur reprochant d'avoir eu connaissance d'opérations imminentes sans parvenir à les prévenir ou à les déjouer, cela n'a pas empêché les services de sécurité de ce pays – et ne les a nullement discrédités – d'annoncer qu'une erreur avait été commise ou que les événements étaient en cours d'examen, par souci d'honnêteté et de crédibilité. L'absence d'informations et le fait qu'aucun responsable ne se soit exprimé depuis le début de la crise ne constituent pas seulement un échec dans la gestion de la crise : ils ont fabriqué une nouvelle crise et favorisé la propagation de rumeurs, spontanées ou orchestrées, qui ont causé un grave préjudice à l'échelle de toute la société. Le temps est venu d'étudier et d'analyser ces événements afin de tirer les leçons des expériences passées, de garantir que de tels incidents ne se reproduisent pas et d'affronter efficacement la crise de face, avant de rejeter la faute sur les médias, dont la plupart se caractérisent par un manque de professionnalisme, le non-respect de la charte de la presse et l'absence de la prudence et de la vigilance nécessaires à la préservation de la sécurité nationale du pays.