Dr Bahaa Helmy
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Dr Bahaa Helmy écrit : Les sanctions économiques contre l'humanité

Dr Bahaa Helmy écrit : Les sanctions économiques contre l'humanité

La Charte des Nations unies comporte de nombreuses dispositions contradictoires. Il y a d'une part le chapitre VII, qui régit les mesures nécessaires en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression, qu'il s'agisse de mesures pacifiques, telles que l'interruption des relations économiques et autres, ou du recours à la force armée, y compris les mesures visant à prévenir ou à réprimer tout État constituant une menace pour la paix et la sécurité internationales, ainsi que le droit de légitime défense.

La contradiction apparaît clairement entre ces dispositions et les autres dispositions de la Charte relatives aux droits de l'homme, qu'il s'agisse de celles qui imposent le recours aux moyens pacifiques nécessaires pour régler les différends internationaux, ou de celles qui relèvent des relations pacifiques et amicales entre les nations et du respect des principes consacrant l'égalité de droits des peuples, la recherche d'un niveau de vie plus élevé, la promotion des facteurs de développement et de progrès économique, le renforcement de la coopération internationale et la diffusion dans le monde du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Cette contradiction n'est pas seulement théorique ; c'est une contradiction bien réelle sur le terrain. En effet, les sanctions économiques sont le plus souvent présentées comme dirigées contre les dirigeants ou les gouvernements et leurs politiques, alors qu'en réalité elles touchent directement les conditions de vie et les droits des êtres humains dans les États visés, puisqu'elles affectent les droits économiques, sociaux et culturels et peuvent perturber la distribution des denrées alimentaires, des médicaments, des fournitures médicales et d'autres biens. Elles peuvent en outre créer une nouvelle situation politique et sociale qui fait peser des charges supplémentaires sur les citoyens de ces États, sans que l'élite au pouvoir en soit affectée.

Il existe donc une grande différence entre l'exercice d'une pression politique et économique sur l'élite dirigeante d'un pays et des sanctions économiques qui font souffrir les catégories les plus vulnérables au sein du pays visé.

Nous n'avons jamais entendu parler d'un quelconque rôle des organisations internationales de défense des droits de l'homme face aux effets et aux conséquences néfastes de ces sanctions sur les peuples des États visés, à moins que ceux-ci ne disposent des moyens et des capacités leur permettant d'y faire face. Les grandes puissances ont conféré une force particulière à la notion de paix et de sécurité internationales et en ont fait un usage qui la place au-dessus de toute autre considération ; même lorsque les sanctions anéantissent les droits de l'homme quelque part, c'est le silence qui domine la scène. Fait révélateur, nous n'avons jamais entendu parler de la coupure ou de l'interdiction des moyens de communication, des technologies et des réseaux sociaux dans un État soumis à des sanctions économiques, car ils servent les objectifs des superpuissances qui dominent les événements internationaux et leur cours.

Si l'on considère la frappe aérienne menée contre la Syrie sous la conduite des États-Unis, que ce soit, comme cela a été annoncé, pour punir l'usage d'armes chimiques, ou pour peser sur les puissances internationales présentes dans la région, tenter de maîtriser les événements et créer une nouvelle réalité afin de mettre fin au conflit d'une manière déterminée qui porte atteinte à l'existence et à l'unité de l'État, on constate qu'elle a été menée sans égard pour aucune considération humanitaire ni pour les effets néfastes, sanitaires et environnementaux, que les armes et missiles employés laissent sur le peuple syrien. Plus important encore, ces attaques et ces frappes sont menées en contournant la légalité internationale.

La question se pose alors : punit-on un État pour avoir utilisé des moyens prohibés par le droit international en déversant davantage de ces moyens sur ses citoyens ? Si l'objectif est de détruire les sites où se trouvent ces moyens prohibés, cela revient à faire exploser et à disperser les substances chimiques qui s'y trouvent, frappant ainsi les citoyens et la vie dans la région. Par ailleurs, l'usage de missiles et d'armes modernes et dévastateurs pour frapper la Syrie n'est rien d'autre que l'emploi de moyens aux effets et aux conséquences désastreux pour la santé et la vie des populations, ainsi que pour l'avenir des générations futures. En tout état de cause, ce sont donc les droits de l'homme qui sont visés.

Il est par conséquent important que tous les États et les organisations de la société civile unissent leurs efforts pour exercer une pression effective, en suscitant une opinion publique internationale civile influente, afin de réclamer la révision de la Charte des Nations unies pour consacrer la primauté des valeurs des droits de l'homme, de la souveraineté des États et du règlement pacifique des différends, et réorganiser les règles du recours à la force face à l'arrogance et à la tyrannie des grandes puissances, que cette force soit militaire, économique, sociale ou informationnelle, en tenant compte du droit de riposter aux cyberattaques, afin de préserver les droits des peuples et les buts des Nations unies. Nous demandons également que soit étudiée la création d'une nouvelle organisation internationale, appelée à remplacer les Nations unies, fondée sur l'égalité et la non-discrimination entre les États, puisque l'organisation internationale a perdu son efficacité et son rôle et n'est plus en mesure de protéger ni de faire respecter ses propres résolutions.