
Les soldats ont leurs monuments, et les martyrs de la police ont leurs noms gravés sur les murs. C’est leur droit, et c’est notre devoir. Mais qu’en est-il de celui qui est sorti acheter du pain et n’est jamais rentré ? Du fidèle qui n’a pas achevé sa prosternation ? De l’enfant dont le cartable est la dernière chose qu’il ait laissée ?
Ces gens n’ont pas choisi un combat, mais le combat les a choisis. Depuis juillet 2013, de nombreux Égyptiens sont tombés dans une vague de violence et de terrorisme qui a frappé les églises, les mosquées, les marchés, les routes, les barrages de contrôle et les foyers. Ils ne portaient pas d’armes, et l’idée d’un affrontement était la dernière chose à leur esprit, et pourtant ils sont devenus la cible de ceux qui ne font aucune différence entre un combattant et un civil désarmé.
À l’endroit même où un président est tombé sous les balles d’un assassin, une autre histoire peut s’écrire. Le lieu de cette blessure peut devenir un mur de mémoire, sur lequel seraient gravés les noms des citoyens innocents tués dans des attentats terroristes depuis juillet 2013. Des noms, pas des chiffres. Les chiffres s’oublient dans les journaux télévisés, mais un nom demeure : le nom d’un père, d’une mère, d’un enfant, d’un ouvrier, d’un étudiant, d’un fidèle, qu’il soit musulman ou chrétien.
La valeur de ce monument est de dire ce que les rapports ne disent pas : le terrorisme ne vise pas l’État seul, mais l’homme ordinaire dans sa sécurité quotidienne. Et une nation qui honore ceux qui sont tombés en service doit aussi une dette à ceux qui sont tombés en vivant simplement leur modeste vie.
Pour que ce projet soit rassembleur plutôt que source de polémique, il lui faut des règles claires :
Premièrement : un critère précis d’inscription, couvrant tout civil innocent tué dans un acte terroriste dont la nature a été établie par une décision de justice ou une reconnaissance officielle.
Deuxièmement : un organe de supervision réunissant l’État, la société civile, des représentants d’Al-Azhar et de l’Église, ainsi que les familles des victimes, afin que cette mémoire appartienne à tous.
Troisièmement : un mur capable de recevoir tout nouveau nom, même si nous espérons qu’aucun autre nom n’y sera jamais ajouté.
Quatrièmement : un moment annuel pour se recueillir et lire les noms à haute voix, afin que le monument ne devienne pas une pierre muette.
Les nations ne guérissent pas par l’oubli, mais en regardant en face ceux qu’elles ont perdus et en leur disant : Vous n’êtes pas des chiffres, et vos histoires ne seront pas perdues. Et lorsqu’un enfant se tiendra devant ce mur et demandera : « Qui sont ces gens ? », il trouvera une réponse qui lui apprendra que la patrie protège ses enfants, même après leur disparition.
Ils ont des noms, et ils ne sont pas des chiffres. Il est temps que ces noms soient écrits.