La violence familiale

Dr Bahaa Helmy écrit dans le journal Al-Fagr :
La violence familiale est tout comportement agressif, qu’il s’agisse de violence physique, sexuelle, psychologique ou économique, qui se produit au sein de la famille pour nuire à l’un de ses membres. Elle cause des préjudices matériels ou moraux qui ne se limitent pas à la famille mais s’étendent à toute la société.
Les motifs de la violence familiale peuvent tenir aux croyances héritées, au niveau de culture et de conscience de la société, aux traditions et aux coutumes, ainsi qu’à une mauvaise éducation et à la faiblesse du frein religieux, ou à l’instabilité de la vie conjugale et au divorce, avec les conflits qui en découlent et la perte de communication et de dialogue entre les membres de la famille ; il existe d’autres motifs, notamment économiques ou psychologiques.
La violence familiale prend des formes multiples, dont la violence à l’égard des femmes, comme l’excision imposée aux filles, le mariage précoce forcé des jeunes filles, les coups portés aux enfants, ou le fait de battre, blesser ou causer des lésions à l’épouse.
Ce sont autant de crimes punis par la loi égyptienne, qui ne les considère pas comme des actes relevant du droit de correction que le mari exercerait sur son épouse, question qui a suscité ces derniers jours une vive polémique dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Il est vrai que la Constitution a consacré l’égalité et la non-discrimination fondée sur le sexe ou sur tout autre motif, et a disposé que la vie en sécurité est un droit pour tout être humain, que le corps humain est inviolable et que l’atteinte à son intégrité ou sa mutilation est un crime, que l’État s’engage à prendre soin de l’enfant et à le protéger contre toutes les formes de violence, de maltraitance, de mauvais traitements et d’exploitation sexuelle et commerciale, que la dignité est un droit pour tout être humain, et que les droits et libertés inhérents à la personne du citoyen ne peuvent être ni suspendus, ni diminués, ni restreints.
Dès lors, l’agression contre l’épouse ou les enfants est un acte incriminé par la Constitution et la loi.
La question se pose alors de l’ampleur de la contradiction entre les droits et libertés constitutionnels d’une part et ce qu’a jugé la Cour de cassation d’autre part, à savoir « le droit du mari de corriger légèrement son épouse pour toute désobéissance non sanctionnée par une peine légale (hadd), sans pouvoir la frapper violemment, même à bon droit » ; le seuil des coups violents est celui qui affecte le corps et change la couleur de la peau, conformément aux dispositions de la noble charia islamique, source principale de la législation.
Nous pensons que de telles notions exigent un dialogue culturel et intellectuel serein pour comprendre et trancher les points controversés, puisque comprendre est un droit pour chaque citoyen, ce que nous tentons de présenter dans cet article.
Le journal Sawt Al-Azhar a bien fait de republier les déclarations du grand imam, le cheikh d’Al-Azhar, et sa vision juridique, dans laquelle il souhaitait voir une législation incriminer les coups, et affirmait que la violence à l’égard des femmes ou leur humiliation, de quelque manière que ce soit, témoigne d’une mauvaise compréhension, d’une ignorance flagrante ou d’un manque de noblesse et est religieusement interdite ; il a précisé que frapper n’est ni une obligation, ni un devoir, ni une sunna, ni une recommandation, mais une chose permise en tant que seul remède à l’insoumission de l’épouse.
Autrement dit, la position religieuse est que frapper (correction légère) est permis en cas d’insoumission de l’épouse qui n’obéit pas à son mari dans ce en quoi elle lui doit religieusement obéissance.
Il a ajouté que le détenteur de l’autorité a le droit de restreindre ce qui est permis s’il est établi que cela cause un préjudice, et que frapper l’épouse cause un préjudice psychologique et se répercute négativement sur la famille.
Le journal a présenté l’avis d’Al-Azhar sur certaines questions relatives aux femmes dans le cadre de la démarche de renouveau qu’il suit actuellement. Il a jugé la violence à l’égard des femmes religieusement interdite, a estimé que l’excision n’a ni légitimité ni fondement, que le mariage forcé est rejeté par la religion et la foi, et que frapper les épouses est en principe prohibé, entre autres questions.
C’est pourquoi nous appelons le détenteur de l’autorité à restreindre ce qui est permis en matière de correction de l’épouse, en raison des préjudices psychologiques et humains qui en résultent pour elle, sa famille et la société, et à trancher cette question par la modification législative nécessaire.
Deux problèmes restent à traiter. Le premier : mettre définitivement fin aux fatwas lancées du haut des chaires par des non-spécialistes qui propagent des idées dégradantes pour les femmes et des croyances contraires à la dignité humaine de la mère, que Dieu a honorée et dont Hafez Ibrahim a dit : « La mère est une école ; si tu la formes, tu formes un peuple de noble souche » ; que dire alors quand tu la frappes et la brises devant ses enfants ;.
Et le second : revoir le traitement médiatique de ces questions et leur accorder le temps nécessaire pour développer la conscience et construire l’être humain, et fermer la voie aux ignorants et aux tenants de la pensée extrémiste qui s’insinuent dans l’esprit et la conscience des ignorants ou des personnes peu instruites.
