Les Juifs et le Maroc… une carte cachée qui empêche la chute ;

La jeunesse marocaine mène une vague de protestations sous la bannière d’un mouvement en ligne (GenZ 212), qui s’est étendu à plusieurs villes pour réclamer une amélioration de l’éducation et des soins de santé et protester contre les dépenses énormes consacrées à des projets comme les préparatifs de 2030 et de grands événements. Ces protestations se sont intensifiées fin septembre et ont donné lieu à de violents affrontements dans certaines régions (des centaines d’arrestations, des centaines de membres des forces de sécurité et plusieurs civils blessés, ainsi que des morts signalés lors d’un échange de tirs sur un site du sud du pays, et des informations faisant état d’incendies et de pillages en certains endroits) ; c’est le plus grand mouvement social depuis les protestations de 2016. La connectivité numérique et le rôle de plateformes comme TikTok, Instagram et Discord dans l’organisation des foules et la mobilisation des jeunes ont été très marqués, sur un terrain fertile (chômage élevé des jeunes, inégalités, faiblesse des soins de santé et sentiment que les priorités du développement ne reflètent pas les besoins de la population). La question se pose alors : les Juifs laisseront-ils le Maroc glisser ou interviendront-ils pour le sauver ? La dimension juive reste un facteur très influent dans le cas marocain, même si elle n’apparaît pas toujours au premier plan ; le Maroc a historiquement entretenu une relation particulière avec les Juifs, puisqu’il abritait la plus grande communauté juive du monde arabe jusqu’au milieu du XXe siècle, et son nom est associé aux positions du roi Mohammed V, qui refusa de livrer les Juifs au régime nazi, ce qui a ancré l’image du Maroc comme refuge sûr pour eux. Aujourd’hui : bien que les Juifs du Maroc ne soient plus que quelques milliers, les communautés marocaines d’Israël, de France, du Canada et d’Amérique entretiennent des liens étroits avec la mère patrie et jouissent d’une influence politique, économique et médiatique qu’on ne peut ignorer.
Depuis le rétablissement des relations avec Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, le Maroc a acquis une dimension stratégique supplémentaire : il est le seul allié arabe d’Afrique du Nord à avoir normalisé ses relations en échange de la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental.
Ce qui a fait de la stabilité du Maroc une question vitale pour Israël et pour les Juifs d’origine marocaine répartis dans le monde ; il est donc peu probable que le Maroc soit laissé seul face à un glissement vers le chaos. Cela signifierait pour Israël la perte de sa porte d’entrée en Méditerranée occidentale et d’un gain stratégique longtemps attendu. Mais ce soutien ne sera ni militaire ni direct ; il prendra la forme de pressions douces par les canaux diplomatiques à Washington et à Paris, d’encouragement des investissements et des programmes économiques, et de défense de l’image du Maroc dans les instances internationales s’il est critiqué en matière de droits de l’homme. En revanche, le plus grand défi pour l’État marocain reste de concilier ce soutien extérieur avec la position de la rue, marquée par une large sympathie pour la Palestine et méfiante envers la normalisation. En bref, la profondeur de la relation maroco-juive indique que le Maroc ne sera pas abandonné à l’effondrement, mais que les pressions iront dans le sens de la réforme et de l’apaisement, et non d’une répression aveugle, afin de préserver sa stabilité d’État pivot en Afrique du Nord et de pilier discret d’Israël dans la région. En tout état de cause, l’arme des plateformes numériques, qu’al-Natan [Netanyahou] considérait comme son arme efficace, reste le moyen le plus dangereux, et nous devons tirer les leçons du passé.
