
Nul ne conteste que la Constitution garantit le droit de réunion pacifique, ni que la loi l’a encadré par une déclaration préalable afin de préserver l’équilibre entre le droit, l’ordre public et les limites d’autrui ; je crois à la fois au droit et à son encadrement ; le désaccord ne porte pas sur le droit, mais sur qui l’exerce, et pour le compte de qui.
Lorsque les membres d’une profession se tiennent sur les marches de leur syndicat pour défendre leurs revendications, cela peut être acceptable ; mais lorsque la scène devient un théâtre d’où un groupe déterminé fait passer ses messages et où l’on brandit des slogans sans rapport avec la profession ni avec son assemblée générale, nous sommes face à un syndicat que l’on emprunte au lieu de le faire vivre, et à un siège qui sert de couverture et non de tribune.
Rappelons à cet égard le mouvement dit (Kefaya) en 2004, dont les marches des syndicats du centre-ville étaient la tribune, sans aucun intérêt pour les membres de ces syndicats, si ce n’est la réalisation d’objectifs déterminés.
Le paradoxe est que les maîtres de maison sont les derniers consultés. Le membre qui a élu son conseil pour gérer sa retraite et ses services découvre le nom de son syndicat en tête de déclarations qu’il n’a pas lues, et sa qualité professionnelle utilisée dans des slogans qu’il n’a pas scandés. Comme si les marches, qui servaient à monter, étaient devenues une échelle permettant à d’autres de grimper sur leurs épaules.
On nous dit ensuite que tout cela est un « droit », et le droit n’y est pour rien. Le droit garanti n’a besoin ni d’emprunter une tribune qui n’est pas la sienne, ni d’utiliser une qualité professionnelle hors de propos.
Que celui qui veut brandir son slogan politique le fasse en son nom, sous sa bannière et avec sa propre déclaration, et non au nom d’un syndicat qui ne l’a pas mandaté, ni sur des marches dont il n’a pas payé le prix.
Le respect du droit constitutionnel commence par le respect de ses limites : un syndicat pour la profession et ses membres, une arène pour la politique et ses acteurs, et des marches pour ceux qui les gravissent de plein droit, et non par procuration. J’appelle au plein respect de la loi et à son application, en tirant les leçons des expériences passées.